Les plaies du système de santé gazaouï

Pénurie d’électricité, d’eau potable, de médicaments, le système de santé gazaouï est à l’agonie. Les médecins tentent d’improviser, les patients de survivre.

Ausculter un nouveau-né dans le noir, une scène devenue quotidienne à l’hôpital Shifa, le plus gros complexe médical de la bande de Gaza. Le 16 avril, la centrale électrique de Gaza cessait de fonctionner, faute de carburant. Deux mois plus tard, l’Autorité Palestinienne suspendait le paiement des factures d’électricité à Israël, réduisant encore la fourniture d’énergie. Dans les couloirs des centres de soins, les ampoules ne brillent plus que quatre à six heures par jour.

Le peu d’énergie dont disposent les médecins est fourni par des générateurs de secours fatigués, et gourmands en diesel. Les quatorze hôpitaux publics, et les dix huit gérés par les ONG sont contraints à des fermetures partielles. Soixante dix dispensaires ont dû fermer leur porte. Les listes d’attentes pour les IRM, scanners, ou mammographies s’allongent.

En octobre, les réserves de carburants seront épuisées et le black-out sera total, menaçant directement les nouveau-nés des unités néonatales de soin, les patients en soins intensifs ou sous dialyse.

 


« Sans électricité nous n’avons pas de ventilation de l’air pendant les opérations chirurgicales, ce qui augmente le risque d’infections pour nos patients. »

Dr Marwan, chef de la chirurgie à l’hôpital Shifa.


 

Le carburant n’est pas la seule ressource devenue rare. La distribution d’eau désalinisée a également été réduite à cinq heures par jour. Certaines opérations ont dû être repoussées de deux mois. Un délai insupportable pour les malades. Entre mai et juillet 2017, 2282 patients ont déposé une demande pour être soignés en Égypte, en Cisjordanie ou en Israël. La moitié seulement a été autorisée à franchir les frontières.

La situation sanitaire à Gaza à l’été 2017

La santé, otage d’un bras de fer politique

Dans les différents centres de soin de la bande de Gaza, les armoires de médicaments se vident. En effet, depuis le mois de mars, le Fatah a stoppé les livraisons de produits pharmaceutiques pour accentuer la pression sur les dirigeants du Hamas. Un tiers des références et des produits jetables (cathéters, tubes…) sont épuisées. Dans les hôpitaux publics, les chirurgiens doivent réutiliser les produits à usage unique, ou ceux dont la date d’expiration est dépassée, comme les sutures vasculaires. Une pénurie qui oblige les médecins à choisir quel patient soigner, selon l’âge,  les chances de guérison, ou la possibilité d’obtenir un permis de soins à l’étranger.

Selon les ONG, l’Autorité Palestinienne aurait réduit de 75 % la prise en charge financière des soins hors gaza entre juin 2016 et juin 2017. Des chiffres contestés par le ministère de la Santé à Ramallah.

 


«Nous ne sommes pas la carte Visa du Hamas. S’ils veulent gouverner la bande de Gaza, qu’ils y aillent, mais la présidence a décidé d’arrêter de payer.»

Osama al-Najjar, porte-parole du ministère de la Santé.


 

Mais la crise sanitaire pourrait encore s’aggraver, si l’Autorité palestinienne mettait sa dernière menace à exécution pour déstabiliser le Hamas : la mise à la retraite de plus de 6 000 de ses fonctionnaires travaillant dans la bande de Gaza. Dans le secteur de la santé, les employés payés par Ramallah représenteraient près de la moitié du personnel : 3 679 personnes dont 26 % de médecins.

Privé de médicaments, d’électricité, de soignants, le système de santé gazaouï survivra t’il à ses blessures ?

Fabien Randrianarisoa


Source : Libération – 17 août 2017 – Gaza malade des rivalités entre Abbas et le Hamas.

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