Le quotidien invivable des jeunes gazaouis

Entre l’ennui, le désespoir et le manque de perspective, la jeunesse gazaouie doit aussi vivre avec les coupures d’électricité répétées et les restrictions d’eau.

Passent-t’ils à côté de leur jeunesse ? Gaza à la population la plus jeune au monde. Près de la moitié des gazaouis a moins de 15 ans. Une vie sous blocus, rythmée par les guerres successives.

Dix ans après la prise de pouvoir du Hamas, les conditions de vie dans l’enclave palestinienne sont de plus en plus invivables. Ce sont d’ailleurs les mots utilisés par l’ONU en 2012, dans un rapport intitulé : “Gaza en 2020 : pourra-t-on encore y vivre ?” Un rapport inquiétant mais incontestable.

En juillet dernier, les Nations Unis publiaient de nouvelles observations. Gaza pourrait devenir encore « plus isolée et plus désespérée”.

Quatre heures d’électricité par jour

Souffrance. Le mot revient à chaque fois lorsque l’on interroge des jeunes gazaouis. Là-bas, le quotidien se dégrade de semaine en semaine. Pour faire pression sur le Hamas et tenter de reprendre le pouvoir à Gaza, l’Autorité Palestinienne a décidé de ne plus payer les factures d’électricité à Israël. C’est le principal fournisseur de Gaza, avec l’Egypte.

Aujourd’hui, il y a quatre heures de courant par jour suivies de douze à seize heures de coupure.

Les hôpitaux installent des générateurs et rationnent l’électricité. Tout comme les universités. La lumière revient sans prévenir. Parfois le jour, parfois la nuit.

Nous avons passé de longues nuits sans électricité. Avec le temps chaud, c’est invivable” témoigne Maram, une jeune traductrice de 26 ans. En pleine nuit, les températures approchent les 35 degrés. Sans ventilateur ni climatisation.

La nuit, une partie de Gaza est plongée dans le noir à cause des coupures d’électricité © Koldo

Peu d’électricité donc, et encore moins d’eau : “Demandez à un gazaoui ce qu’il veut, maintenant. Il vous répondra :  « boire un bon verre d’eau froide »” assure Maram.

Les nappes phréatiques sont surexploitées, presques toutes polluées. L’eau du robinet est salée, dangereuse même, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Pour trouver de l’eau potable, il faut payer et remplir de gros bidons.

La principale source d’eau de Gaza fournit 55 millions de mètres cubes par an, quand il en faudrait quatre fois plus pour répondre aux besoins.

Faute d’électricité, les stations d’épuration palestiniennes ne tournent plus. 100 000 mètres cubes d’eau polluée se déversent quotidiennement dans la mer Méditerranée.

Depuis la prise du pouvoir par le Hamas en 2006, la Bande de Gaza est soumis à un blocus terrestre, aérien et maritime. © World Bank Photo Collection

Sans espoir, ni avenir

A Gaza, la misère gagne du terrain. Ses habitants les plus jeunes en sont les premières victimes. “Beaucoup souffrent de dépression” affirme Ziad Medoukh, le directeur du département de français à l’université Al-Aqsa de Gaza.

Les gazaouis décrivent l’enclave comme une prison à ciel ouvert. Ils sont enfermés de toute part. Des navires israéliens bloquent les bateaux, il n’y a plus d’aéroport et seulement deux passages pour tenter de sortir.

A cause de la pollution de la Méditerranée, les plages sont infréquentables, vides, sans aucun parasol planté dans le sable ou de ballons de foot qui rebondissent. “Cet été est encore plus dur pour les jeunes. Ils ont l’habitude de passer leurs vacances sur ces plages. C’est le seul loisir gratuit pour eux” souffle Ziad, dépité par la situation.

Dans un territoire où 90% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, les aides humanitaires sont capitales. Certains quartiers de Gaza sont en ruine. La dernière guerre a détruit 15 000 logements. Les trois quarts ne sont pas encore reconstruits. 4 000 Palestiniens vivent dans des bidonvilles, des tentes et des caravanes inhabitables à côté des ruines de leur maison. 

Seule ouverture vers l’extérieur, l’internet est pour les jeunes gazaouis une fenêtre sur le monde. Ultra-connectés, ils passent leur journée accrochés à leur smartphone, à parcourir l’actualité ou les dernières nouveautés. Facebook et Twitter ont la cote. Les gazaouis ne ratent rien sur ce qui se passe au-delà de leur frontière.

Un désir, une envie : quitter Gaza

Il a décidé de partir. Amir Hassan avait 23 ans quand il choisit de quitter Gaza. Une bourse offerte par la Consulat de France lui permet de rejoindre Paris. Un voyage sans retour. “Je me sens Français” avoue-t-il.  Néanmoins, Amir garde contact avec ses amis et sa famille. “Depuis la France, on ne sait pas quoi leur dire. On perd espoir sur la situation.

Il aimerait revenir à Gaza. Mais il décrit l’enclave palestinienne comme “une vraie prison, verrouillée à double tour. Si je rentre c’est définitif”. Aujourd’hui Amir vit dans une petite chambre d’étudiant à Paris et enseigne l’arabe aux élèves du lycée Henri IV.

Au téléphone, son français est fluide, sans erreur. Enfant, il a vécu dans un camp de réfugiés. Le camp d’Al Shatel, dit “la plage”, où vivent 90 000 palestiniens sur un terrain vague et sablonneux. 

Ce que nous vivons aujourd’hui est un vrai paradoxe. Il y a dix ans, les Palestiniens étaient très attachés à leur territoire” affirme Amir. Des Palestiniens fières et patriotes. “10 ans après, c’est tout le contraire. Il y a moins d’attachement à la terre.

Jabalia est le plus grand des huit camps de réfugiés de la bande de Gaza. Il est situé au nord de Gaza-City © IRIN Photos

Partir, pour aller où ?

Comme Amir, Anas aimerait s’échapper de Gaza. Ce jeune palestinien de 25 ans tente de partir depuis 5 ans. Sans succès. Obtenir une bourse est un parcours du combattant, semé d’embûches. Le consulat de France attribue trois bourses par an aux étudiants gazaouis pour étudier en France. “Il y aussi la Belgique, la Grande-Bretagne et l’Australie” confie Amir. “On peut aussi espérer une bourse d’Erasmus.”

Après la guerre de 2014, beaucoup de gazaouis sont partis. Mais beaucoup sont revenus. Ils étaient déçus” se rappelle Ziad Medoukh. Si une partie des étudiants souhaite s’en aller de Gaza, le problème, c’est qu’ils ne savent pas comment cela se passe à l’étranger. Ils ne connaissent pas les conditions. Ils pensent que la France et d’autres pays vont les accueillir. Mais il y a beaucoup de restrictions, notamment à cause des conflits en Syrie et en Irak.

Certains trentenaires n’ont jamais quitté la bande de Gaza. Comment font-ils ? “Ils s’adaptent, comprennent ce qui se passe et attendent une ouverture pour travailler” indique Ziad Medoukh. Si rien ne change, « Gaza pourrait devenir inhabitable d’ici à 2020 » s’alarme aujourd’hui l’ONU.

Victor Vasseur

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