« L’amour existe à Gaza ! »

À 22 ans, les jumeaux Huriya et Ahmed  habitent toujours dans l’appartement familial. Comment vivre ses histoires d’amour quand on est encore chez ses parents ? Portait de ces jeunes gazaouis.

« C’est Ahmed mon jumeau ! »  nous hurle Huriya derrière l’écran de son smartphone.

La jeune femme tente de se faire entendre alors que son petit frère court et saute sur la banquette du canapé. Une fois le calme revenu, Huriya nous présente Ahmed, son frère. Ils viennent d’être diplômés de littérature française et anglaise. Pour le moment ils n’ont pas de travail : « On cherche à partir pour aller voir des amis autour du monde » raconte Huriya.

Une fois leur petit frère de 5 ans éloigné, Huriya accepte de nous parler librement. « L’amour à Gaza ? Les gens ici aiment, s’aiment, se marient. Ils tombent plus amoureux qu’ils ne boivent de l’eau. C’est facile de tomber amoureux. Il y a des relations sérieuses et d’autres moins. »

« Ils tombent plus amoureux qu’ils ne boivent de l’eau »

Un sourire un peu gêné, Huriya raconte sa première histoire d’amour. « Je suis tombée amoureuse une fois, ça a duré deux ans – seulement –  puis nous nous sommes séparés. Maintenant, je suis célibataire.« 

Ahmed son jumeau plutôt discret au début, s’installe à côté de sa sœur. Il prend un écouteur et participe à la conversation. Tour à tour en français et en anglais, Ahmed raconte lui aussi son histoire : « J’ai déjà eu une relation avec une fille, elle est de Jordanie. Mais on a rompu. Désormais, je sors avec une fille de l’ouest de Gaza. »

Huriya et Ahmed viennent d’une famille très ouverte. « Pour nous, ce n’est pas difficile de rencontrer des gens » lance la jumelle en cherchant l’approbation de son frère.

« Il y a des endroits à Gaza où c’est plus difficile. Certaines familles empêchent leurs filles de rencontrer des garçons, voire même de leur parler, ce n’est pas acceptable. Sinon la fille peut tout faire en cachette… sans qu’ils le sachent. Il y a des filles comme ça ». Pour Ahmed, la bande de Gaza est découpée en plusieurs parties :  » Entre une fille qui habite à l’est de Gaza et une fille à l’ouest, il y a une différence. L’Ouest accepte mieux l’idée de l’amour. Pour la fille de l’Est ce sera plus difficile. À l’Ouest, les gens sont plus « cultivés ».

Huriya et son frère Ahmed

La sexualité avant le mariage ? « Ça existe mais…. »

Parler sexualité devant son frère ou sa sœur n’est jamais simple. Encore moins à Gaza. « C’est quelque chose de religieusement interdit ici. Le contact physique ça n’existe pas » précise un peu embarrassé Ahmed. La jeune femme est moins catégorique… tout en restant mystérieuse : « Ça existe mais… », son frère lui coupe la parole et clôt le débat : « avoir une relation avant le mariage, ça ne se fait pas, ça n’existe pas. »

Et le mariage dans tout ça ?

Le mariage chez les jeunes gazaouis semble très important. Pourtant, à bientôt 22 ans, Ahmed n’y pense pas vraiment : « C’est trop tôt ». Pour sa sœur, la pression sociale joue un rôle important :

« Parfois les filles sont « forcées » de penser au mariage. De penser à celui qui sera leur partenaire. Si je me marie avec celui que j’aime ça ira. Il faut que ce soit la bonne personne, « la personne convenable » ».

Pourtant le mariage est difficilement envisageable à Gaza. Conséquence du blocus, le chômage touche deux jeunes sur trois. Impossible de dépenser 6.000 euros pour cet événement. « La vie est très chère ici… alors forcement le mariage aussi » précise contrariée la jeune femme. Ahmed, lui, plaisante de la situation : « Même le fait d’y penser ça coûte cher (rire). »

L’amour existe, le divorce aussi

Depuis 2005, le nombre de divorces a été multiplié par dix sur la bande de Gaza. « Les couples ne se voient pas beaucoup avant, et une fois mariés, ils se rendent comptent qu’ils ne sont pas compatibles, qu’ils ne se comprennent pas » souligne Ahmed avant d’ajouter : « Après le divorce, les gens se moquent des filles. Pas des garçons. Ce sont les filles qui sont moquées. Les gens se moquent des femmes divorcées sans raison » renchérie Huriya.

« Et en France, ça se passe comment ? » questionne Ahmed qui rêve d’ailleurs…

 

 

 

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