« Le savoir est une arme. L’arme de la paix »

Malgré un taux de scolarisation remarquable, les écoles de la bande de Gaza vivent une situation de crise permanente. Aux bombardements et à la guerre s’ajoutent un manque de moyens. Et il n’y pas que le blocus et les raids Israéliens qui fragilisent le système éducatif gazaoui. Les divisions entre le Fatah et le Hamas aggravent un peu plus une situation déjà critique.

Il y a trois types d’écoles à Gaza : les établissements publiques gérés par l’Autorité palestinienne et le Hamas, ceux de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East) pour les élèves des camps de réfugiés encadrés par les Nations Unies, et les écoles privées. En tout 700 établissements pour 500.000 élèves.

« Pour choisir ton école, il faut de l’argent. »

Montassent à 25 ans et vit à Gaza. Il se remémore son parcours scolaire. « On commence vraiment l’école à 6 ans. La maternelle c’est de quatre à cinq ans et avant il y a la crèche mais une minorité d’enfants s’y rend. De six à douze ans, c’est l’école primaire, ensuite on a le collège jusqu’à quinze ans puis le lycée. Ça ressemble un peu au système français. »

À moins d’étudier dans un établissement privé, « souvent hors de prix », impossible de choisir son école. « Si tu vis dans un endroit majoritairement peuplé par des réfugiés, tu vas dans les écoles de l’UNRWA. Ça a été mon cas. »

Pas d’amertume dans la voix de Montasser. « Le niveau des élèves est meilleur que dans le public. En plus, ces écoles sont gratuites. On apprend les mêmes choses dans les écoles publiques et celles de l’UNRWA. Les livres sont les mêmes. Mais les écoles de l’UNRWA organisent beaucoup d’activités en plus pour « ouvrir le cerveau aux élèves », des activités extrascolaires. » 

L’éducation souffre des divisions entre Hamas et Fatah

C’est dans un contexte de guerre, de blocus, de pénuries et de tensions que les jeunes avancent tant bien que mal dans leur parcours scolaire : « Presque tout le monde reste à l’école jusqu’au lycée, affirme Montasser, mais certains n’ont pas le niveau alors ils partent apprendre un métier. D’autres vont directement travailler pour aider leur famille, ils n’ont pas d’autres choix. La situation économique peut être très difficile. »

 

Montasser a eu la chance de poursuivre à l’université. Diplômé d’une licence de français – un Bac + 4 à Gaza – son parcours est dû au hasard. « Mes parents m’avaient proposé de partir étudier en Algérie chez mon frère pour devenir dentiste. Mais là-bas les cours sont en français donc je me suis inscrit en fac de français à Gaza pour commencer. Je n’ai jamais pu partir : la frontière était fermée. Après un an, impossible de renouer un lien avec l’université algérienne… alors j’ai continué à apprendre le français à Gaza. »

Le jeune homme a pu suivre ses cours à l’université Al-Aqsa, dans le département du professeur Ziad Medoukh.

Une journée, deux écoles

Ziad Medoukh est le directeur du département de français de l’université Al-Aqsa. Très engagé dans le développement de l’enseignement en Palestine et plus particulièrement dans la bande de Gaza, il décrit la situation actuelle : Dans presque toutes les écoles, il y a tellement d’élèves, que l’école doit se dédoubler. Une partie des élèves vient le matin, l’autre l’après-midi. Ce sont deux écoles en une, et malgré cela il y a jusqu’à 50 élèves par classe. C’est très difficile pour le professeur, qui ne peut pas enseigner dans de bonnes conditions. Sans parler des écoles qui ont été bombardées, qui n’ont jamais été reconstruites, et dans lesquelles on enseigne encore.

Banksy // Gaza 2015

Malgré les contraintes, le taux de scolarisation dans la bande de Gaza atteint  96%. L’école est obligatoire jusqu’au bac. Gratuite dans les écoles publiques que fréquentent 80% des élèves gazaouis. Quelques familles aisées parviennent à envoyer leurs enfants dans des écoles privées. Mais cela ne représente que 5% du système éducatif.

Autre particularité pour Ziad Medoukh : la disparité des statuts entre les enseignants. Dans les écoles de Gaza, il y a trois types de professeurs : ceux qui ont un salaire fixe, recrutés par l’Autorité palestinienne (Fatah) avant 2007. Les temporaires embauchés par le Hamas pour une durée déterminée, ce qui rend leur situation précaire et empêche une continuité de l’enseignement. Et des chômeurs, que l’on appelle pour des remplacements occasionnels lorsqu’il y a un malade ou bien une femme enceinte.”

L’Autorité palestinienne ne paye plus les fonctionnaires gazaouis embauchés après l’élection du Hamas en 2007. Et depuis avril dernier, les salaires versés aux autres ont été amputés de 30%. En 2017, l’École à Gaza subit les rivalités entre Hamas et FatahMalgré ces dissensions, le programme scolaire est le même à Gaza et en Cisjordanie

“Le savoir est une arme. L’arme de la paix.”

L’enseignement est-il un levier pour la paix ou un outil de résistance contre Israël ? Ziad Medoukh botte en touche: “Dans les manuels scolaires palestiniens, nous reconnaissons le fait qu’Israël est un état. Un état colonisateur et qui a instauré l’apartheid, mais factuellement c’est un état. Malheureusement l’inverse n’est pas vrai en Israël. Leurs manuels scolaires ne parlent pas de nous. Le mot Palestine n’est même pas mentionné. Je regrette que les Israéliens aient élu un gouvernement d’extrême droite. Malgré tout, je reste convaincu que l’éducation est le seul chemin qui puisse mener à la paix.

Pour lui “l’éducation est une arme, l’arme de la paix ». Elle permet de s’ouvrir sur le monde, de s’évader et d’imaginer un Gaza nouveau.

“Plus d’ouverture, plus d’infrastructure et plus de culture”

Ziad reprend : “Si j’avais une baguette magique, je multiplierais les échanges scolaires et universitaires avec les pays étrangers. Aujourd’hui, c’est marginal à cause du blocus. Les professeurs de Gaza et de Cisjordanie ne peuvent même pas se rencontrer. Il faut des échanges avec le monde extérieur.

Il souhaite aussi la construction de nouvelles écoles : chaque année, environ 15 000 nouveaux élèves font leur entrée dans le système scolaire (sans compter ceux qui le quitte). Le nombre d’écoles et de professeurs, lui, reste inchangé.

Enfin Ziad Medoukh souhaite que les manuels scolaires palestiniens soient repensés : “Il faut les adapter à ce qui se passe dans le monde. Il faut aussi des activités comme la musique, le dessin ou encore le sport. Des cours de soutien. Il faut que l’école prépare les Palestiniens pour la paix. Je suis convaincu qu’il n’y aura jamais de solution militaire.

Montasser Mohamed, Marion Bargiacchi et Elias Halile-Agresti

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