Sept ans d’amour, deux rendez-vous, un mariage

Il ne veut pas donner son nom. Ni celui de sa petite amie. Alors nous les appellerons Ali et Yasmina. Ali a 24 ans. Depuis sept ans, il est en couple avec Yasmina, de deux ans sa cadette. Pourtant, ils ne se sont vus que deux fois. À Gaza, difficile de faire autrement.

« J’ai rencontré ma copine grâce à une erreur de mail »

À l’époque, Ali a 17 ans. Il travaille dans une magasin de téléphonie mobile. Pendant son temps libre, il peut utiliser internet. Il se connecte sur MSN Messenger. Un de ses camarade lui a noté son mail pour discuter mais Ali se trompe dans l’adresse.

« Je lui ai demandé : « Hey comment vas-tu ? Tu es Mohammed ? » nous raconte Ali avec des yeux rieurs, lors de notre conversation par Skype. « On m’a répondu « Non je ne suis pas Mohammed, je suis Yasmina. Ça va et toi ? ». Et on a commencé à discuter. »

Une conversation qui dure plusieurs semaines. Au bout de six mois, Ali demande à Yasmina ce qu’elle ressent. Elle lui répond : « Je me sens bien. » À Gaza, parler sentiments et amour avant le mariage est incorrect. Il est encore plus rare qu’une fille avoue ses sentiments en premier. « C’est vraiment difficile pour une fille de dire à un garçon qu’elle l’aime. C’est comme ça qu’on vit ici » précise Ali.

Autre principe, à Gaza c’est le garçon qui doit faire le premier pas : « Mais moi je m’en fiche des traditions » plaisante Ali. Le jeune homme lui redemande quelques jours plus tard. Cette fois, elle se met à rire. « Elle m’a dit « je t’aime». Je lui ai répondu que moi aussi ».

 

 Deux rendez-vous en sept ans

« Je ne peux pas la voir en face à face. A cause des traditions » lance Ali avant de mettre sa cigarette à la bouche. Après une première bouffée (de courage ?), il se lance : « On se cache de la police. Ici à Gaza, les filles ne peuvent pas sortir avec un garçon sauf avec leur frère, leur fiancé ou leur mari. »

D’un coup, plus de bruit, Ali n’est plus là. L’image sur l’ordinateur est figée. Il faut dire que la connexion internet est plutôt laborieuse. Depuis plusieurs mois, Gaza est sous le coup de restrictions d’électricité de la part d’Israël. Il faut donc patienter quelques secondes avant de revoir le jeune homme apparaître sur l’écran, toujours une cigarette à la bouche.

Les silences sont parfois volontaires

Mais les silences d’Ali ne sont pas toujours liées à des problèmes de réseau. Il se demande s’il doit vraiment tout nous raconter. S’il ne risque rien et surtout, si sa future femme ne risque rien. « Si je sors avec elle, je peux me faire arrêter par la police. Elle a peur. En plus, son frère travaille pour la police. S’il nous voit, nous aurons des problèmes. »

Impensable pour beaucoup de couples, mais en 7 ans, Ali n’a pu voir Yasmina qu’à deux reprises. Pas de colère dans sa voix, plutôt de la résignation : « La première fois, j’étais avec ma sœur. Comme ça, si quelqu’un nous voyait, elles se seraient faites passer pour des copines. La seconde fois, je suis allé à son lycée, mais impossible de la voir. Alors j’ai posé ma tête contre une fenêtre pour la regarder de loin. »

Deux fois en 7 ans, insuffisant pour Yasmina et Ali

Ali a donc décidé d’agir : « J’ai dis à mon père : « j’aime cette fille et je veux l’épouser ! »  » C’est une forme de courage de le dire, à cause des traditions. Il m’a répondu qu’il était d’accord, mais à la fin de mes études, quand j’aurai du travail. »

Le cadeau de Yasmina qui rapproche les deux amoureux

A Gaza, se marier est un luxe depuis le blocus de la zone. En effet, le chômage touche deux jeunes sur trois, difficile donc de dépenser une fortune pour un seul évènement, et d’envisager une vie de couple. Un vrai business a vu le jour, celui des « facilitateurs de mariages ». Ces entreprises proposent des mariages clés en main (salle, buffet, musique…), pour un budget d’environ 2500 dollars. Le tout avec un prêt à taux zéro.

Ali et Yasmina vont devoir attendre. Dans six mois, lui sera diplômés. Il pourra demander la main de sa chère et tendre. « Ici quand un garçon veut se marier, sa mère doit aller voir la mère de la future mariée pour demander sa main. » 

Même si l’image est sombre et qu’elle saccade, aucun doute dans sa voix : Ali est impatient.

Lire aussi

(Visited 9 times, 1 visits today)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *